L’épreuve de Marivaux

Avec Loic Corbery, Odja Llorca, Violaine de Carné & Christophe Lapara
Scénographie et mise en scène de Emilie Anna Maillet

Lucidor, jeune homme sensible, intelligent, de la belle société, a des sentiments résolument modernes pour son époque : Il rêve d’amour pur, sans classe sociale, sans code, juste de l’amour. Mais il est conditionné par son monde alors, il a peur d’un amour intéressé,  peur que la société lui renvoie la vénalité de la femme qu’il aime, peur de passer aux yeux du monde pour un imbécile utopique, un amoureux stupide. Il devient cruel, pervers et calculateur afin de prouver à tous (et à lui-même) que sa modernité est juste et belle sans se rendre compte qu’il abîme l’autre au nom de son amour et de ses convictions. Lucidor cherche à s’extraire des codes de ce monde, mais il ne fait que perdre son utopie et créer un carnage.

Comme une maladie transmissible, la complexité de Lucidor va se propager chez les autres personnages. Ils sont dépouillés de leur propre fonctionnement, de leur ressenti. Au même titre que Lucidor cherche à se défaire des nœuds qu’il créait, les autres personnages se débattent plus ou moins consciemment, dans une complexité qui ne leur correspond pas.

  • l'épreuve
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Dans cette comédie, les stratagèmes semblent ne plus être de la volonté des personnages. Mais quelque chose, au-dessus d’eux, comme pouvait être les dieux dans la tragédie, quelque chose, « le plan », « l’épreuve », les poussent à poursuivre le déroulé de l’histoire. Plus d’une fois Lucidor est à deux doigts d’interrompre le processus infernal. Ces moments de suspension, ou la tension pourrait se briser par un baiser, un sourire, une marque d’amour, où « le dire » serait libérateur, ces instant sont les plus précieux de la pièce. On espère, et imagine d’autres possibles.

la maladie

La maladie sociale :  Dans « La vie de Marianne » (1ere prénom d’Angélique dans la pièce), Marivaux décrit la cruauté de la famille face à un mariage peu intéressant financièrement. Lucidor, l’homme lucide, connaît son milieu. Sa conscience des règles sociales et son amour pour Angélique, le plongent dans un mal violent. Il n’a pas les armes pour assumer simplement son individualité face au monde.
La maladie d’amour : Lucidor est malade de s’interdire de dire et cette maladie lui permet de se faire soigner par Angélique. Lucidor cherche à guérir sans affronter son monde. Il fuit, contourne, calcule. Il cherche « des remèdes à l’amour » sans se mettre en danger.
Le paradoxe, nourriture de la maladie :  Lucidor, en quête d’un amour absolu va employer le mensonge, la perversion et la corruption. Créé pour soulager son mal, ce paradoxe nourrit la maladie, l’abîme moralement et physiquement.

Des personnages frôlant l’art du clown

Malgré la violence de la situation, Marivaux a écrit une comédie. Les personnages sont empêtrés dans des complexités, ils cherchent à s’en sortir avec leurs moyens et comme des clowns, les solutions qu’ils trouvent sont assez incroyables. Ils réagissent avec logique et puis s’égarent, prennent leur ampleur et nous surprennent. La précision du geste, de la logique du personnage, l’engagement du corps, le burlesque de la situation, tous ces éléments me rapprochent du travail du clown.

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